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Sur le dos du Dieu Fuji…

Le plus beau et le pire des souvenirs sera sans doute celui-ci. Jamais aussi proche des étoiles, a cheval sur le dos du dieu Fuji. Jamais aussi proche de la mort non plus. Et pour tout ça, le « je » sera de rigueur (pffff… trop facile pour Lulu l’ascension en sac-à-dos!).

Il y a quelques tps, Athapol, mon collègue, sempai (version japonaise du tuteur, sorte de maître envers qui vous avez toute une trimbalée de droits et devoirs, et réciproquement) et ami Thai au labo, avait proposé une alliance Franco-Thai en nous invitant avec les filles a rejoindre leur troupe pour aller grimpatouiller sur le Mont Fuji (maître du panthéon des montagnes sacrées shinto, volcan de 3776m qui la dernière fois qu’il s’est reveillé, en 1707, à plonger le pays dans la nuit trois semaines durant… ^^) et y admirer le lever du soleil. Après s’être renseignées sur les sites internet et nos guides, et avoir découvert qu’il s’agissait plus de marche que d’escalade en prenant le chemin le plus facile, nous voici parties en compagnie d’une vingtaine d’étudiants thaïlandais déjantés (ça fait du bien de s’échapper de la timidité nippone!!!) pour un trajet de 7h vers le Fuji-yama.

Arrivés vers 15h, nous montons en bus jusqu’au palier 5 à partir de Gotemba St., à déjà environ 1500m d’altitude (toujours ça de moins a faire pour la fainéante que je suis ^^). Le dieu est encore dissimulé derriere sa carapace de nuages, plus pour lontemps… 18h, c’est parti! Il nous faut seulement quelques minutes pour atteindre le palier 6, et se rendre compte rapidement que le sol est plutôt particulier: de la roche volcanique réduite en gros grains, qui s’enfoncent de 20cm à chaque pas. La nuit tombe, le ciel se dégage. Le désert noir s’illumine peu à peu de centaines de contellations et d’étoiles filantes, avec en premier plan la grande Ourse chevauchant le cratère. A terre, d’autres astres: les randonneurs armés de leur lampes torches forment le long du chemin sinueux et pentu une ribambelle de petites lucioles en pélerinage. Au loin, les hanabi des lac environnants. Et un silence d’or, où seul le bruit des pas dans ce sable noir et les chants thai résonnent.

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Mais déjà l’oxygène commence à manquer. Le froid, d’abord agréable en contraste aux fortes températures ce mois-ci, devient glacial à chaque pause que la pente entre 30 et 45° nous oblige à faire toute les dix minutes. La fatigue aussi se fait sentir, puisque mauvaise organisation, nous n’avons pas dormi depuis déjà 36h. 2000m, 2100m, 2200m… et toujours pas l’ombre d’un palier ou d’un refuge. On distingue des lumières, mais qui ne semblent nullement se rapprocher au fur et à mesure de notre ascension. Les groupes se sont déjà scindés, et nous finissont avec Fanny et Athapol par retrouver Chris que nous avions perdu depuis déjà 2h (et qui croyait que nous la suivions), complètement congelée -puisque je portais le sac-à-dos contenant ses affaires. Minuit… la pente est bien sûr en exponentielle, plus de 6h que nous marchons, toujours pas de refuge, et maintenant de nombreuses roches viennent piéger le sable. Un pas en avant, un demi en arrière à cause de notre propre poids s’enfonçant. Fanny à la nausée (manque d’oxygène, fatigue), nous manquons d’eau et de nourriture et toujours pas d’arrêt possible faute de mourir de froid. Mais qu’est-ce que c’est que ce binz! 7h à marcher en plein désert, pas de secours possible en cas de problèmes! Et dire que le Japon souhaite voir ses chemins au patrimoine mondial… (Remarquez, question sécurité, c’est très japonais: pas plus de hottes dans les labo de chimie du Naist que d’étapes ici). Mes jambes flagellent, j’ai très mal à un molet-ce qui me vaut de marcher sur la pointe d’un pied déjà depuis un bon moment- je ne sais plus comment je continue à avancer, si ce n’est grâce à la lumière au loin qui me dit qu’un gîte nous attends plus haut… Erreur! quand nous finissons après 8h de marche à atteindre le fameux palier 7, le gîte -aux allures de camp de concentration- est réservé… a ceux qui ont réservé. Et pas mieux pour l’eau et la nourriture. Mais impossible d’aller plus loin, plus aucun de nous 4 n’a de force, alors nous devons rester là a attendre le soleil se lever- non plus pour la beauté du spectacle, mais pour rechauffer nos muscles endoloris.

Quand 2h plus tard le soleil se lève, la vision reste tout de même idyllique à 3100m, identique à celle du sommet: une aurore aux millions de couleurs sur un ciel bleu azur dans un océan de nuages cotonneux. Après avoir discuté avec un des japonais qui nous avait pris en pitié -sans pouvoir pour autant faire quoique ça soit-quand j’ai passé un savon (en français ^^) au papy responsable du gîte qui ne parlait pas anglais et refusait que l’on mette Fanny au chaud alors qu’elle continuait à vomir, il s’est avéré que nous avons malencontreusement pris la route la plus longue et la plus difficile menant au sommet du Fuji (qui aurait d’ailleurs nécéssité 4h de plus pour y arriver…Non merci). Plus de temps à perdre, le soleil commence déjà à chauffer fort, il faut redescendre rapidement. Heureusement, nous mettrons seulement 4h à descendre (mais pas assez pour éviter de douloureux coups de soleil), et cette fois-ci, le sable sert d’amortisseur pour chaque saut sur les 45° de pente… Mais Athapol aura besoin d’aller à l’hopital le soir même, pour un de ses genou, et Chris en ressort avec une déchirure des ligaments à l’aine. Pas mieux pour les autres Thai -qui ont eu le courage de monter au sommet, ou au palier 8- presque tous malades ou souffrants. Un bon onsen salvateur après ça, et pour Fanny, Lulu et moi direction Hakone pour dormir (enfin!!!) et visiter le lendemain.

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De quoi méditer l’adage japonais: les sages font l’ascension du Fuji-san une fois dans leur vie, seuls les sots la font deux fois.

 

1 commentaire à “Sur le dos du Dieu Fuji…”


  1. 0 Vincent 9 sept 2008 à 19:04

    7 heures de marche à plus de 3000 mètres d’altitude sur un tapis de cendres volcaniques !!!?? Et sans avoir dormi ! C’est un sacré défi. Lulu a dû avoir la frousse de sa vie.

    Si tu y survis, tu dois pas être super chaud pour réessayer. Surtout si les malades sont pas acceptés dans les refuges, vive l’hospitalité. Z’ont pas peur des lois… comment on dit « non assistance à personne en danger » ?
    Je me demande comment se passerait l’ascension d’un sommet des alpes de la même altitude par des japonais… pas dit qu’ils supporteraient le froid. Mais je pense pas qu’on les jette des refuges à plus de 3000 m, il existe une certaine solidarité entre randonneurs à cette altitude (en haute montagne je veux dire, après sur des circuits très touristiques comme le mont blanc c’est peut-être pas la même chose)

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